Armistice de 1918 : Augustin Trébuchon, l’éternel dernier tué

Le 11 novembre 1918, à quelques minutes de l’armistice, Augustin Trébuchon, trouvait la mort sous les balles allemandes. Le journaliste Alexandre Duyck consacre un roman à ce Poilu, considéré comme le dernier à avoir été tué sur le sol français.

11 novembre 1918. Il est environ 10h50. Des tirs de mitrailleuse éclatent à Vrigne-Meuse, dans les Ardennes. « Augustin s’écroule », décrit Alexandre Duyck dans son livre. « À dix minutes après plus de 1560 jours de combats, Augustin manquera les réjouissances, l’armistice, la Marseillaise, les embrassades, la joie des vainqueurs, le retour en héros en Lozère ».

Pour son premier roman sobrement intitulé « Augustin » (JC Lattès), ce grand reporter a choisi de redonner vie à un Poilu, cent ans après sa mort. Augustin Trébuchon est officiellement reconnu comme le dernier soldat à avoir trouvé la mort au combat sur le sol français, quelques minutes avant le cessez-le-feu.

« L’aberration de sa mort »

C’est à l’occasion des 90 ans de l’armistice que le journaliste a entendu parler de sa tragique destinée. « J’avais fait un reportage dans le village où il est mort et enterré dans les Ardennes », explique-t-il. « J’avais gardé la documentation avec moi, alors que d’habitude, je ne le fais pas. J’ai toujours conservé Augustin en tête. J’ai dû être particulièrement touché par sa mort. Il est tué le dernier, au dernier moment pour un motif aberrant ».

Simple soldat au sein du 415e régiment d’infanterie, Augustin Trébuchon a fait toute la guerre. Engagé en 1914 alors qu’il aurait pu en être exempté comme soutien de famille, ce berger originaire de Lozère a connu les pires batailles, Verdun ou encore le Chemin des Dames. Alors que l’arrêt des hostilités est sur le point d’être annoncé, cette « estafette », un agent de liaison, est chargée d’une dernière mission : délivrer un message à son capitaine positionné près de la voie ferrée, à deux kilomètres du poste de commandement. Mais il est fauché avant d’avoir pu l’accomplir.

« Imaginez ce berger parti à la guerre à 36 ans ! On lui promet que cela ne va durer que quelques mois, et il reste au final jusqu’à la toute fin pour mourir le dernier quart d’heure », s’émeut Alexandre Duyck. Preuve ultime de cette absurdité, la tombe d’Augustin Trébuchon, dans le carré militaire de Vrigne-Meuse (Ardennes), et celles de ses compagnons d’infortune morts le même jour portent la date du 10 novembre 1918. Les autorités militaires ont antidaté leur décès. Pas question de mourir le jour de l’armistice.

>> À lire aussi : Grande Guerre : Jules Peugeot, premier français tué… juste avant la guerre

« C’est un antihéros »

Pour dessiner le portrait de ce Poilu, le journaliste a choisi de le raconter à la première personne. Il s’est placé intimement dans l’esprit de ce berger devenu célèbre, contre sa volonté, en raison de sa mort. « Je voulais faire de lui une figure universelle du soldat paysan de 1914 qui était majoritaire dans l’infanterie. Beaucoup me disent que cela leur fait penser à leur arrière-grand-père ou arrière grand-oncle », précise le romancier.

Augustin Trébuchon n’a pas laissé d’écrits. De lui, il ne reste qu’une photo et quelques archives militaires, dont sa fiche matricule. En l’absence d’un grand nombre de documents, Alexandre Duyck a dû imaginer ses états d’âmes et mettre en fiction sa vie : « Il se retrouve embarqué dans une histoire qui va le dépasser complètement et au cœur d’une violence dont il n’a pas idée, mais il va tenir bon. C’est un antihéros, très courageux, très humble et très modeste. Il est emblématique de ces soldats qui sont pris dans cette guerre qui dure depuis si longtemps, mais qui ont obéi jusqu’au bout car c’était leur mission ».

La fiche de décès d’Augustin Trébuchon datée au 10 novembre 1918

© Mémoire des Hommes

Alors que le centenaire de sa mort est aujourd’hui commémoré, certains soulignent qu’il n’est pas certain qu’Augustin Trébuchon soit bien le dernier poilu tué au combat. Il n’y a en effet pas de témoin direct de son décès, estimé entre 10h45 et 10h55. Un Breton, Auguste Joseph Renault, a également trouvé la mort quelques minutes plus tard, à 10h58, mais en Belgique, dans le secteur de Robechies. D’autres poilus sont décédés au cours des mois suivants alors qu’ils étaient toujours mobilisés sur le front d’Orient. Certains ont aussi succombé à leurs blessures bien après l’armistice.

Pour Alexandre Duyck, ce morbide classement a finalement peu d’importance. « Chacun a un peu son dernier tué. Pour moi, la mort d’Augustin est un symbole, ce n’est pas un titre de gloire. Je ne pense pas qu’il en aurait retiré une fierté post mortem », estime le romancier. « L’enfer des tranchées a été beaucoup raconté : la vie dans la boue, au milieu des rats, la nourriture dégoûtante et la promiscuité. Mais à travers ce livre j’ai surtout voulu faire émerger une voix plus personnelle parmi ces millions de soldats ».

Première publication : 09/11/2018

Continuer à lire sur site d’origine

,

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :