Transcription de la conférence de presse du Président de la République avec le Premier ministre slovaque

SEUL LE PRONONCÉ FAIT FOI.

Château de Bratislava, le vendredi 26 octobre 2018

Merci Monsieur le Premier Ministre, cher Peter, pour votre accueil et pour nos échanges. Comme j’ai eu l’occasion de le dire tout à l’heure aux côtés du Président, il était important pour moi d’être aujourd’hui à Bratislava pour célébrer avec vous, en anticipant de quelques jours, le centenaire de la Tchécoslovaquie, mais aussi pour marquer l’importance de nos liens historiques et d’une Slovaquie indépendante que nous avons toujours accompagnée, et nos deux pays se sont toujours trouvés côte à côte, à chaque moment important de notre histoire.

Mais cette visite, c’est aussi pour débattre ouvertement des sujets qui font notre actualité ; nous l’avons fait largement lors de notre entretien puis de notre déjeuner, et nous allons le faire dans un instant devant la jeunesse de votre pays pour y porter notre ambition, notre volonté européenne.

D’abord pour dire qu’à mes yeux, il y a deux choses qui menacent avant toute chose notre Europe. C’est la division et la lassitude. La division parce que beaucoup voudraient nous faire croire que l’Europe est structurée entre les anciens membres légitimes et les nouveaux membres acceptés de bonne grâce tardivement, que l’Europe serait divisée entre l’ouest et l’est, que l’Europe serait divisée de manière inéluctable et fracturée par les uns et les autres. Je ne le crois pas. Et d’ailleurs à plusieurs reprises, nous avons montré, par notre travail commun, que nous savions dépasser ces divisions, et si besoin en était, l’aventure européenne de la Slovaquie est la preuve du contraire.

Vous êtes membres ayant participé à cette réunification de l’Europe, mais vous êtes dans la zone Euro, dans l’espace Schengen, membre de la coopération renforcée en matière de défense. Vous êtes au cœur de l’Europe. Et donc les divisions dans lesquelles on voudrait nous enfermer n’existent pas à cet égard. J’entends certains qui disent « il y a une Europe de l’Est qui est contre les avancées sociales, et une Europe de l’Ouest qui est sur des réformes qui n’avanceront pas ». Il y a un an, si nous avons réussi à avancer sur la réforme de la Directive du travail détaché, pour les travailleurs européens, c’est parce qu’il y a eu une coopération, en particulier entre la Slovaquie et la France. Et il n’y a pas eu un bloc de l’Est qui était contre un bloc de l’Ouest. Il y a eu un travail commun et des décisions communes, comme nous allons le faire d’ailleurs sur d’autres sujets d’avenir ; je pense tout particulièrement aux transports. Et donc la discussion d’aujourd’hui pour moi, c’est une preuve du fait qu’on peut résister à cet esprit de division que certains voudraient semer en Europe.

Le deuxième risque, c’est la lassitude. C’est ce que Edmund HUSSERL prédisait il y a plusieurs décennies, « le plus grand péril de l’Europe, c’est la lassitude », le fait que les gens s’habituent, pensent que l’Europe c’est devenu automatique, c’est presque une vieille idée, que la paix, ça a existé de toute éternité et qu’on peut laisser faire ceux qui voudrait la détruire. Non. Et notre dialogue à cet égard, pour moi, fait partie de cet esprit de résistance, de volonté dans le projet que nous portons avec beaucoup d’ambition.

Et donc nous avons pu aujourd’hui évoquer ces sujets, en matière de défense notre volonté de poursuivre le dialogue stratégique ; je le disais, votre pays est déjà au cœur des initiatives lancées et d’avoir des projets concrets dans les prochains mois pour lui donner corps. En matière de partenariat économique, il y a plusieurs projets bilatéraux sur lesquels nous avons échangés, il y a une présence forte que nous souhaitons consolider ; mais il y a aussi ce que nous voulons faire ensemble en matière de numérique, avec là aussi un alignement de vue parfait en matière de taxation des géants du numérique qui, aujourd’hui, bénéficient de règles qui ne sont pas justes, en particulier pour les start-up et les petites et moyennes entreprises européennes ; un travail fructueux que nous avons commencé aussi sur les sujets de migration où nous voulons trouver une voie commune, et je pense que nous pouvons la bâtir, loin des excès qu’on peut parfois entendre, entre responsabilité et solidarité, en matière de transport je l’évoquais, où je souhaite que nous puissions conclure avant la fin d’année un accord pertinent pour nos pays, et là aussi la coopération est exemplaire ; et nous avons longuement discuté d’une plus grande intégration de la Zone euro. Je dois le dire, là aussi, l’ambition, la vision que nous portons ensemble a beaucoup de convergences.

La France a proposé il y a quelques mois un texte commun avec l’Allemagne, le projet dit de Meseberg. Vous avez vous-même porté plusieurs projets ambitieux que nous soutenons, même s’il n’y a pas sur certains un plein accord franco-allemand, mais qui vont même au-delà – je pense au projet d’un système d’indemnisation du chômage européen. Tout ça marque une volonté de faire avancer cette Europe. Et c’est ce qui nous anime, c’est ce qui fait que je suis très heureux, très fier d’être là aujourd’hui, et que je souhaite que nous puissions poursuivre dans les prochaines semaines, les prochains mois, cette coopération exemplaire pour faire avancer notre continent, et surtout pour permettre d’apporter des réponses aux défis contemporains pour nos concitoyens.

Je vous remercie. Merci en tout cas, cher Peter, pour l’accueil une nouvelle fois.

Source :Communiqué de Presse Présidence de la République

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