Vins : en Bourgogne, des viticulteurs se tournent vers la biodynamie

La donne change, de plus en plus de viticulteurs se détournent des produits chimiques. Ils se convertissent à d’autres modèles plus respectueux de l’environnement et de la santé, comme la biodynamie. La Bourgogne n’échappe à cette tendance.

Ils sont de plus en plus nombreux à délaisser l’agriculture traditionnelle. Ils ne veulent plus mettre leur santé en danger, rendre malade leurs vignes et douter du vin qu’ils produisent.
De grands domaines, aux noms de vins prestigieux, se sont laissé convaincre. Celui de la Romanée-Conti a converti la totalité de ses vignes en 2007, et plus récemment, en 2018, c’est au tour du château de Pommard de relever le défi.
 

• Quelques chiffres

En 2016, le Bio représente 8% du vignoble bourguignon et entre 2015 et 2016 la surface viticole cultivée en Bio a progressé de 8 %. (Chiffres de l’Observatoire Régional de l’Agriculture Biologique en Bourgogne)

Beaucoup de domaines viticoles cultivés en Bio ont naturellement recours à la biodynamie sans demander l’un des deux labels qui existent : Demeter et Biodyvin. Les chiffres qui existent sont donc en deçà de la réalité.

En Bourgogne, il y a actuellement 30 domaines qui ont un label biodynamique : (Chiffres Demeter et Biodyvin).

En France, entre 2011 et 201, le nombre de domaines viticoles certifiés Demeter a doublé,  passant de 180 à 364.

• La biodynamie et la Bourgogne, une longue histoire !

En Bourgogne, cela fait déjà plusieurs années que les viticulteurs s’intéressent à cette technique, ce qui n’est pas le cas d’autres grandes régions viticoles françaises.
Des grands noms de la viticulture biodynamique sont associés à la région. Lalou Bize Leroy qui a commencé une partie des vignes du domaine de la  Romanée-conti  dès 1989, ou Anne-Claude Leflaive qui bascule son domaine de Puligny-Montrachet dans les années 1990. La qualité des vins et les résultats économiques de ces deux domaines prestigieux ont su convaincre les consommateurs et les actionnaires.
 

Anne-Claude Leflaive, une pionnière de la biodynamie – Juillet 2004 (INA)
« Avec la biodynamie, la terre se remettait en équilibre »

En Bourgogne, la biodynamie est aussi associée au nom de Pierre Masson, fondateur de Biodynamie Services, qui a formé de nombreux viticulteurs à cette technique. Sans oublier Claude et Lydia Bourguignon, agrobiologistes, qui très tôt, ont alerté sur la dégradation de la qualité des sols viticoles.

Depuis, elle a essaimé dans la région. De plus de plus de viticulteurs s’y intéressent et se convertissent.

C’est le cas de Laurent et Céline Tripoz à Loché en Saône et Loire. En 2001, après quelques années de viticulture biologique, ils décident d’aller plus loin avec la biodynamie.

Un domaine viticole en biodynamie
Céline et Laurent Tripoz ont choisi le label Demeter pour leurs vignes

 

Passer en biodynamie demande une démarche personnelle de recherche et de confiance. Céline Tripoz viticultrice à Loché en Saône-et-Loire

Mais qu’y a-t-il exactement derrière ce mot ? Est-ce seulement un phénomène de mode? Quelles sont les méthodes utilisées, dans quel but et pour quels vins ?
 

Un cep de vigne de la parcelle Romanée-Conti, à Vosne-Romanée, en Côte-d'Or. / © JEFF PACHOUD - AFP
Un cep de vigne de la parcelle Romanée-Conti, à Vosne-Romanée, en Côte-d’Or. / © JEFF PACHOUD – AFP

 

► La biodynamie  respecte l’environnement et la santé

Comme l’agriculture biologique, la biodynamie veut respecter l’environnement et produire une alimentation saine. Elle refuse d’utiliser des produits chimiques de synthèse : engrais, pesticides herbicides…
Mais la biodynamie ne s’arrête pas là. Elle va plus loin.

Vincent Masson, codirigeant de Biodynamie Services, la définit ainsi :

« La base de l’agriculture biodynamique est d’avoir un sol qui fonctionne bien, suffisamment fertile et structuré pour permettre à la plante de vivre en bonne santé dessus, ce qui donnera un produit de qualité. »

Ce qui se traduit pour les viticulteurs par un sol équilibré permet d’avoir un plant de vigne en bonne santé. Au final, cela donnera un vin de très bonne qualité.
 

► La biodynamie met le viticulteur au coeur de sa vigne 

 

Le but de la viticulture biodynamique n’est pas de combattre des ennemis de la vigne mais de recréer un équilibre.

« Dans une vigne en biodynamie, on voit toute sortes de plantes qui poussent alors que les vignes en conventionnelle sont uniformes. » Céline Tripoz viticultrice à Loché en Saône-et-Loire

Les viticulteurs travaillent à réactiver la vie des sols et à renforcer la résistance naturelle des plantes en s’appuyant sur une méthodologie très précise.

Nous utilisons des préparations qui sont faites à partir de produits naturels, à doses homéopathiques, ce qui soigne les sols et donc les plantes. Céline Tripoz viticultrice à Loché en Saône-et-Loire

La plus connue est la bouse de corne, dite « 500 ». Il s’agit de bouse de vache introduite dans une corne de vache puis enfouie dans la terre quelques mois. Une fois déterrée, elle sera diluée (à des doses homéopathiques) dans le but d’améliorer la structure du sol. La biodynamie a aussi recours à des tisanes et décoctions à base de plantes.

La viticulture biodynamique a aussi une approche globale, philosophique et spirituelle, où le cosmos tient une large place. L’environnement est vivant, toujours mobile, influencé par les planètes. Il n’y a donc pas de calendrier précis pour les traitements, Ils se font en fonction du stade de la végétation et de l’état du sol.
Cette approche demande au viticulteur d’être présent dans sa vigne.

La Biodynamie demande d'observer la vigne et d'avoir une sensibilité à ce qui se passe sur le terrain / © Augier Rodolphe- France3
La Biodynamie demande d’observer la vigne et d’avoir une sensibilité à ce qui se passe sur le terrain / © Augier Rodolphe- France3

Il faut réapprendre à observer, retrouver la bêche, soulever une botte de terre pour comprendre ce qui se passe. Céline Tripoz viticultrice à Loché en Saône-et-Loire

Le ressenti et la réactivité tiennent une large place. Ce qui est difficile dans les grandes exploitations.
Cela n’a rien à voir avec la viticulture conventionnelle où la philosophie du risque zéro incite les viticulteurs à traiter préventivement avec des produits chimiques. 

 Il faut faire confiance aux capacités de rééquilibrage de la nature / © Pixabay
Il faut faire confiance aux capacités de rééquilibrage de la nature / © Pixabay

En biodynamie, il faut faire confiance à la nature, à ses rythmes et surtout en ses capacités de rééquilibrage. Céline Tripoz viticultrice à Loché en Saône-et-Loire

Une prise de risque et un coût important, plus facile pour les domaines les plus riches où il est plus facile d’avoir du personnel et de faire face aux pertes des mauvaises années.

Cette agriculture, vue à ses débuts comme occulte et sectaire, pratiquée par des illuminés, connaît un essor dans le monde viticole à partir des années 2000.

► Et au final ce la donne « des vins qui ont une âme ! »

Au fil des ans, s’appuyant sur la qualité des vins qu’elle produit, elle a gagné ses lettres de noblesse.

Pour de nombreux viticulteurs qui la pratiquent, la biodynamie n’est pas un argument de vente. 

Ce qui les motive c’est la qualité des vins qu’ils produisent et le bien être qu’ils éprouvent à élaborer « des vins qui ont une âme ! »

C'est la qualité du vin produit qui attire les viticulteurs vers la biodynamie / © Greg - Licence CC by Flickr
C’est la qualité du vin produit qui attire les viticulteurs vers la biodynamie / © Greg – Licence CC by Flickr

Comment est née la biodynamie ?

Ce mode de culture a été mis au point en 1924 par Rudolf Steiner, agronome et philosophe autrichien. Sollicité par des agriculteurs allemands confrontés à une baisse de certaines de leurs productions, il met en place les principes fondamentaux qui sont toujours en vigueur aujourd’hui. Rudolf Steiner met en garde sur les dangers d’une conception purement matérialiste du monde Pour lui, la Terre est un organisme vivant doté d’une nature physique, vivante, psychique et spirituelle. Une approche révolutionnaire à laquelle il donne le nom « d’anthropophosie« . C’est en 1930 qu’il est remplacé par celui d’agriculture biodynamique.

A ses débuts, elle est surtout localisée en Allemagne et en Suisse. Elle arrive en France en 1925, date à laquelle une ferme alsacienne se convertit à cette méthode. L’Association française de culture biodynamique est créée en 1958, le Syndicat d’agriculture biodynamique en 1973 et le Mouvement de culture biodynamique en 1975.
 

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