Psychiatrie : un médecin du CHU de Clermont-Ferrand lance un cri d’alarme

Le professeur Pierre-Michel Llorca, chef du pôle psychiatrie au CHU de Clermont-Ferrand, tire la sonnette d’alarme dans un ouvrage intitulé « Psychiatrie : l’état d’urgence » (Editions Fayard).

Avec le professeur Marion Leboyer, il dresse un constat sans appel du système de soins psychiatriques en France. Il plaide pour la mise en place d’un « plan psychiatrie » sur le modèle du « plan cancer« .

Le livre, publié sous l’égide de la Fondation FondaMental et de l’Institut Montaigne, sortira en librairie le 17 septembre. 

Question : Pourquoi dressez-vous un constat alarmant de l’état de la psychiatrie en France ?

 Professeur Pierre-Michel Llorca : Je dresse avec ma co-auteur, le professeur Marion Leboyer, un constat difficile sur l’état de la psychiatrie mais les choses peuvent évoluer.  Je suis chef de service depuis de nombreuses années, j’ai fait de nombreuses constatations au fil des ans et nous avons aussi travaillé avec de nombreuses associations de patients. L’actualité a été marquée l’année dernière par la grève de la faim à l’hôpital psychiatrique du Rouvray en Seine-Maritime. Il y a en ce moment une grève à l’hôpital Saint-Anne à Paris (le 7 septembre).  Des soigneurs qui font une grève de la faim pour leurs conditions de travail ou pour conserver leurs moyens, cela montre bien qu’ils sont à bout. Il y a une vraie urgence à agir pour la psychiatrie.

Q : Comment la psychiatrie s’est-t-elle retrouvée dans une situation si alarmante?

Pr Pierre-Michel Llorca : En France, on a eu une idée ambitieuse, dans les années 60 : on a voulu que chaque personne puisse bénéficier de soins psychiatriques en ambulatoire. Cependant, cette idée ambitieuse s’est heurtée à un manque de moyens. 40% des lits en psychiatrie ont été fermés au cours des 20 dernières années. Les moyens n’ont pas été redéployés vers l’ambulatoire.  Quand on ferme des lits, il faudrait garder des moyens humains pour que des équipes mobiles puissent par exemple se déplacer au domicile des patients.

12 millions de personnes concernées par un trouble psychiatrique au cours de leur vie

Q :  La psychiatrie ne souffre-t-elle pas aussi d’une image négative dans la société ?

Pr Pierre-Michel Llorca : L’un des enjeux important est de changer l’image de la psychiatrie. On la considère comme une médecine à part et elle souffre d’un regard péjoratif dans la société. Il faudrait des campagnes d’information et un engagement fort de personnalités publiques mais elles sont plutôt frileuses en France. En Grande-Bretagne, la famille royale s’est engagée dans différentes actions pour favoriser l’acceptation des maladies mentales dans la société. Il faudrait aussi soutenir les malades pour qu’ils puissent continuer à travailler dans des entreprises ordinaires. Ces patients souffrent d’une double peine puisqu’ils souffrent de leur maladie et en même temps, ils sont regardés de façon péjorative par la société.

Q :  La psychiatrie touche beaucoup plus de personne qu’on ne le croit ?

Pr Pierre-Michel Llorca : La psychiatrie est associée à de nombreux stéréotypes, on pense tout de suite aux troubles mentaux les plus graves. Or, la psychiatrie englobe aussi des troubles comme les phobies ou les difficultés à parler en public. 12 millions de personnes en France sont concernées par un trouble psychiatrique au cours de leur vie. Certaines pathologies comme les troubles anxieux ou la dépression sont en augmentation mais c’est probablement parce que nous les identifions mieux. Toutefois, cela fait plus de personnes à prendre en charge et il faudrait donc plus de moyens.
 

Q :   Quel coût représente les maladies psychiatriques pour la société ?

Pr Pierre-Michel Llorca : Chaque année, on estime que la perte de productivité liée aux personnes qui ont des maladies psychiatriques est de 20 milliards d’euros. Les soins médicaux atteignent 13 millions d’euros. Ce sont des montants très importants.

Q :  Quelle solution préconisez-vous pour améliorer la psychiatrie ?

Pr Pierre-Michel Llorca : Il faudrait mettre en place un grand plan comme cela a été fait pour le cancer. Je fais cette analogie car on ne parlait pas du cancer par le passé, on ne prononçait même pas ce mot car c’était associé à la mort. Mais il y a eu un effort national pour changer les choses. « L’institut national pour le cancer » a été créé pour piloter et mieux organiser les soins. Aujourd’hui, les choses ont beaucoup changé, on peut guérir de nombreux cancers. Avec un engagement fort, on arrive à entraîner un changement, il faut faire la même chose avec la psychiatrie en créant une « Agence nationale de la psychiatrie ».

Q: Dressez-vous aussi un état d’urgence de la psychiatrie au CHU de Clermont-Ferrand ?

Pr Pierre-Michel Llorca : La situation à Clermont-Ferrand est similaire au reste de la France : le secteur de la psychiatrie a des forces et des faiblesses. Le pôle psychiatrie est l’une des dernières parties du CHU à ne pas avoir été rénovée. Les conditions d’accueil des patients sont indignes pour un début de 21ème siècle. D’un autre côté, nous avons une structure innovante pour traiter les troubles bipolaires ou la dépression et nous allons avoir une nouvelle structure pour traiter les troubles alimentaires.

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