GRAND FORMAT. « Si l’ours disparaît, mon métier va mourir » : l’étonnant plaidoyer d’une bergère en Béarn

Le 7 juillet, au matin, Élise et son compagnon ont eu une désagréable surprise. La route qui passe devant chez eux était recouverte d’un tag anti-ours, comme sept autres endroits du canton ce samedi-là. « Ils avaient marqué ‘pas de prédateurs chez nous’. C’est sans doute parce que j’ai participé à la concertation comme bergère pro-ours avec le préfet au mois de mai et qu’on a répondu aux journalistes », témoigne la bergère. Minoritaire dans le monde agricole, son discours n’est pas simple à assumer publiquement.

En avril, lors de notre première visite dans la vallée, un Aspois favorable à l’ours avait catégoriquement refusé de témoigner : « On ne peut pas en parler, ça va être la guerre », avait-il glissé. « Moi, je parle parce que je suis installée », reconnaît Élise Thébault. Élisabeth Médard, la maire d’Etsaut, la commune à laquelle elle loue son estive, est une partisane déclarée de l’ursidé.

Avec l’annonce de Nicolas Hulot, la tension est montée d’un cran. A Etsaut, deux associations d’éleveurs anti-ours, l’Union des producteurs fermiers du 64 et l’Association des éleveurs transhumants des 3 Vallées béarnaises (AET3V), ont décidé de boycotter la traditionnelle fête du fromage organisée le 29 juillet. Motif : la présence, comme les années précédentes, de deux ONG favorables à l’ours, Férus et le Fiep. « On craint que, de part et d’autre, on vienne en découdre. On n’a pas envie pour notre fromage que cette fête soit arbitrée par des CRS et des grenades lacrymogènes », s’est justifié sur France Bleu Julien Lassalle, président de l’AET3V et frère du député.

De son côté, le Fiep dénonce des « pressions inadmissibles » contre la mairie pour exclure les associations. « C’est une stratégie pour faire monter la tension et faire peur aux gens. Cela nous rappelle des heures sombres de notre histoire avec des méthodes totalitaires envers ceux qui ne sont pas du même avis », assène Jérôme Ouilhon, animateur du Fiep. Pour que la fête ait tout de même lieu, Élise Thébault se « bouge » afin de remplacer les éleveurs partis. « Tant mieux, ça permet à de nouveaux de s’investir et ça laisse de la place aux jeunes », estime-t-elle.

Les brebis d\'Élise Thébault sont des Manech tête noire, une race locale des Pyrénées.
Les brebis d’Élise Thébault sont des Manech tête noire, une race locale des Pyrénées. (THOMAS BAÏETTO / FRANCEINFO)

Malgré ces tensions, elle espère que Nicolas Hulot, qui a annulé sa visite prévue le 23 juillet à Laruns, ne renoncera pas à son projet, comme d’autres avant lui. « C’était dans les tuyaux depuis quinze ans. J’espère que, cette fois-ci, ce ne sera pas un coup d’épée dans l’eau », commente-t-elle, prudente. Pour le moment, aucune date précise, aucun lieu n’ont été annoncés pour le lâcher des deux ourses promises. Le 26 mars, le ministre évoquait une réintroduction « à l’automne ». Élise Thébault espère qu’elle se fera chez elle, à Etsaut, « parce que, nous, on fera au mieux pour que cela se passe bien ». « Les autres ont peur de ce qu’ils ne connaissent pas, juge-t-elle. Les bergers favorables à l’ours travaillent tous dans la zone où il se trouve. » Ses brebis doivent quitter l’estive de Salistre à la mi-octobre. « Je serai peut-être encore là quand ils les réintroduiront », calcule Elise Thébault, avant de lancer : « Ça ne me fera pas redescendre plus tôt. »

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