Capsules de bières, alliance perdue et petite monnaie : on a passé la plage de Deauville au peigne fin avec des passionnés de la détection de métaux

Les soirs d’été, une dizaine de passionnés se retrouvent sur les plages désertes de Deauville. À l’aide de leurs détecteurs de métaux, ils fouillent le sable à la recherche de petites pièces ou de bijoux égarés. Un loisir atypique, strictement encadré par la loi.

Sur la célèbre plage de Deauville (Calvados), les derniers vacanciers ramassent leurs serviettes, sacs et lunettes de soleil. Il est 19 heures, et les hauts-parleurs grésillent le long des Planches : les sauveteurs annoncent la fin de leur journée. Les familles retournent à leurs voitures, et laissent la place à un étrange ballet. Autour des parasols ou au milieu de la plage, quelques passionnés, retraités ou jeunes employés, traînent à bout de bras leurs détecteurs de métaux. Guidés par le bruit de leurs machines, ceux que l’on appelle les « prospecteurs » fouillent le sable sans relâche, à la recherche de quelques pièces de monnaie ou de bijoux égarés par les touristes pressés. 

Nicolas, la trentaine, vient de rejoindre son ami Benoît. Lunettes de soleil sur le nez et chaussures de marche aux pieds, il est fin prêt pour une séance. « Sur toutes les choses qu’on peut récolter, on estime qu’il y aura entre 80 et 90% de petits objets sans valeur. Très rarement de véritables bijoux », reconnaît-il d’emblée, un t-shirt à l’effigie d’une marque française de matériel de détection sur le dos. Parfois, entre deux piécettes, Nicolas retrouve ainsi des Playmobil, des petites voiturettes en acier, de minuscules boucles d’oreille…

En une heure, Nicolas a trouvé quelques déchets et une pièce de deux euros. 
En une heure, Nicolas a trouvé quelques déchets et une pièce de deux euros.  (Céline Delbecque)

Cette fois, Nicolas et Benoît récoltent surtout quelques capsules de bières. « 1664 ! Je ne l’avais pas encore, celle-là », ironise Benoît. Sur le chemin, ils croisent la route de deux ou trois autres prospecteurs. « Le soir, il peut y avoir pas mal de mecs qui recherchent de l’argent. En s’y mettant à fond, ils peuvent se faire plus de 1 500 euros en une saison », explique Nicolas. 

À quelques mètres des deux amis, Michel passe de parasols en parasols, cherchant de manière compulsive. Cela fait 40 ans que ce retraité s’adonne à l’activité. « Et depuis que j’ai arrêté de travailler, je peux y passer 40 heures par semaine ! », explique-t-il. Il faut dire que l’activité peut vite se révéler rentable. La peau tannée par le soleil, il fouille ses poches et en sort seize euros de petites pièces. « Ca fait seulement une heure que je suis là. C’est payé plus que le SMIC ! » 

Mais en France, la détection de métaux sur la plage est régie par une loi depuis 1989. Elle protège le patrimoine français, en empêchant notamment les prospecteurs peu scrupuleux de fouiller des sites archéologiques ou historiques. La Fédération nationale des utilisateurs de détecteurs de métaux (Fnudem) tente d’informer au maximum les utilisateurs, pour leur rappeler la législation. « Pour prospecter sur la plage, il faut, au minimum, demander l’autorisation à la commune, parce qu’il peut y avoir un arrêté municipal qui empêche ou encadre la détection de métaux », rappelle Sébastien Potet, secrétaire fédéral de l’association. « Malheureusement, je dirais que seulement 5% des utilisateurs sont au courant de ces lois. C’est notre rôle de les informer. »

La plupart du temps, les zones sont interdites pour des raisons de sécurité. La prospection est ainsi interdite sur les plages du Débarquement, en Normandie et dans le sud de la France. « Le risque de tomber sur des engins de guerre ou d’anciens obus est trop grand », précise Sébastien Potet. Certaines municipalités choisissent également d’encadrer la prospection par des horaires précis, tandis que d’autres villes ont tout simplement décidé d’interdire ce loisir, à l’instar de la plage des Sables-d’Olonne.

Sur la plage de Deauville, le détecteur de Nicolas sonne. « Au son que ça fait, ça doit simplement être un déchet.«  Ce passionné prospecte depuis treize ans et a vite appris à reconnaître les différents objets cachés dans le sable. Pas découragé, Nicolas fouille, ramasse puis passe au périmètre suivant. Les objets de valeur ne sont pas sa première préoccupation : lui voit la détection comme un loisir, qui permet de s’évader, se promener sur la plage ou faire de nouvelles rencontres. « Ce qui me plaît, avant tout, c’est l’amour de la recherche, souligne-t-il. Quand je trouve un objet, je ne saute pas de joie non plus. Je suis plus heureux si je permets à une petite fille de retrouver sa gourmette en argent qu’en trouvant deux euros. »

Nicolas écoute les bruits de son détecteur, à la recherche de métaux. 
Nicolas écoute les bruits de son détecteur, à la recherche de métaux.  (Céline Delbecque)

Nicolas s’est mis à la détection un peu par hasard, et il est vite devenu incollable sur le sujet. « Une fois qu’on met le doigt dans l’engrenage, c’est difficile d’en sortir », confirme son ami Benoît. Mais les deux comparses ne se considèrent pas comme des beachcombers, ces prospecteurs qui ratissent la plage de long en large, dans un but purement lucratif. Il assure d’ailleurs ne jamais garder les trouvailles de valeur, comme les bijoux ou les smartphones, qu’ils ramènent à la mairie.  

La semaine dernière, Nicolas a retrouvé une clé de cabanon sur la plage d’Houlgate (Calvados), qu’il est allé déposer dans la boîte aux lettres de l’hôtel de ville en espérant que le propriétaire se manifestera. « Nous ne cherchons ni la gloire, ni la récompense », assure-t-il. Le jeune homme est fier d’allier sa passion et la possibilité de rendre service, en aidant par exemple des voisins à retrouver des objets perdus.

« Il m’est même arrivé d’aider la police dans certaines enquêtes, confie-t-il. Récemment, ils nous ont appelé pour retrouver des morceaux de planches cloutées sur un chemin pédestre, qui pouvaient être dangereuses pour les usagers. » Il y a quelque temps, grâce aux réseaux sociaux, un prospecteur de la région a retrouvé la chanceuse propriétaire d’une alliance égarée. « Il y a de belles histoires », conclut son ami Benoît, en déterrant une pièce de cinquante centimes. « Hop ! Un peu d’argent de poche… J’ai de l’avance, tu dois me rattraper maintenant ! », lance-t-il à Nicolas. Le happy end ne sera pas pour ce soir. 

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