Au BAL, l’éducation à l’image rime avec l’éducation par l’image

Alelier « Mon journal du monde » avec les élèves de 3e du collège Maurice Utrillo (Paris 18e) et l’artiste Sarah Acremann © LE BAL

« Le BAL, ouvert en 2010, c’est un lieu d’exposition, de confrontation et d’interrogations des multiples approches possibles du réel, en résonance avec l’histoire en marche », indique Raymond Depardon, son président fondateur de l’institution. Un projet dont la réalisation s’appuie depuis toujours, et avant même l’ouverture du lieu au public, sur une très riche offre pédagogique. « Des programmes d’éducation à l’image ont été mis en place dès 2008. La Fabrique du regard, notre structure pédagogique, est un peu l’ADN du BAL. Grâce à ces programmes hors-les-murs, l’enjeu est d’ouvrir les jeunes aux questions du monde contemporain à travers les images pour qu’ensuite ils réinvestissent ces découvertes dans la création de livres, de films, de parcours en réalité augmentée avec des artistes », explique Christine Vidal, co-directrice du BAL.

Chaque année, 2000 jeunes issus de 70 établissements participent aux programmes mis en place par LE BAL sur un thème unique, en l’occurrence, en 2017-2018, Montrer l’invisible. « Ce que l’image ne montre pas est aussi intéressant à interroger que ce qu’elle montre. Comment photographier les relations humaines, les indications de durée, les flux de données ? Quelles stratégies les artistes utilisent-ils pour montrer ce que l’on ne peut pas voir a priori au premier regard ? Dans les thèmes que nous choisissons, il y a à chaque fois la volonté de susciter la réflexion de la part des jeunes sur la fabrication des images, mais aussi de les interroger sur des questions d’enjeux collectifs, sur la chose publique. Interroger les images, qu’elles soient artistiques, scientifiques, ou publiées dans la presse, c’est déjà se situer politiquement dans le monde ».

La Fabrique du regard, la structure pédagogique du BAL, est un peu l’ADN de l’institution

Ce que l’image ne montre pas est aussi intéressant à interroger que ce qu’elle montre  

Autant dire que le thème « Montrer l’invisible » a inspiré les jeunes. Parmi les films issus du programme « Regards croisés » qui s’adresse aux enfants d’écoles élémentaires à Paris et en Île-de-France, on peut ainsi voir des archéologues découvrant une école de nuit – c’est tout un nouveau monde qui advient, alors – ou des enfants construisant des cabanes dans lesquelles il vont conserver des souvenirs qu’ils ne veulent pas oublier.  

Dans le cadre du programme « Mon journal du monde » dédié aux collégiens de 11 à 15 ans, ainsi qu’aux jeunes en situation de handicap, qui consiste, via la conception d’un journal, à traiter un sujet en images, des élèves d’un collège du 18e arrondissement de Paris ont inventé un projet utopique dans lequel deux collèges sont reliés entre eux par l’aménagement de l’espace public, tandis que des élèves en situation de handicap ont réalisé un travail très graphique autour des détails.

Dans le cadre du programme « Mon Œil ! » – qui associe visites d’expositions, programmation de films, interventions en classes, rencontres avec des professionnels (cinéastes, urbanistes, architectes, iconographes…) – s’adressant aux élèves issus de lycées généralistes, techniques et professionnels, des jeunes en CAP électronique ont travaillé sur la photographie spirite, ce mouvement de la fin du 19e siècle qui essayait de capter les esprits, tandis que des jeunes du Raincy ont appris à structurer des histoires sur Instagram.

Inutile de dire que pour l’ensemble de ces projets, les ressources proposées par ERSILIA, la plateforme numérique d’éducation à l’image lancée en 2016 par LE BAL, ont été précieuses.

Tournage du film « Auber Color » avec les élèves de CM1 l’école de l’école Malala Yousafzai, Aubervilliers,et la réalisatrice Flavie Pinatel © LE BAL

Élargir l’horizon mental des jeunes

Afin de valoriser le travail réalisé, il est de coutume d’organiser un événement réunissant l’ensemble des jeunes. Cette année, celui-ci a eu lieu le 14 juin à la Fémis. « C’est un moment symbolique et fédérateur. Les jeunes, à travers le regard de spectateurs qu’ils ne connaissent pas, prennent conscience du travail qu’ils ont réalisé pendant l’année. En amont, lorsqu’ils travaillent aux côtés de l’artiste sur le projet à réaliser, il y a déjà cette idée que l’on s’adresse à quelqu’un que l’on ne connaît pas », précise Christine Vidal. « 70% des jeunes qui participent à nos ateliers sont issus des quartiers de la politique de la ville ou scolarisés dans des établissements relevant de l’éducation prioritaire. Beaucoup d’entre eux ont intégré l’échec et se sentent peu concernés par des sujets qui touchent tout le monde. Notre objectif est d’élargir l’horizon mental des jeunes, de les mobiliser pour qu’ils prennent conscience de leurs compétences et qualités ».

Dix ans d’actions pédagogiques au BAL

Tournage du film « La terre semblait très belle » avec les élèves de 5e du collège Pailleron (Paris 19e) et l’artiste Gabriel Desplanque © LE BAL

Alors que LE BAL va bientôt fêter ses dix ans, la Fabrique du regard affiche un beau bilan. « Notre première fierté est de constater la progression, parfois même la remobilisation, des jeunes, tout au long de l’année. La seconde est de voir toute une communauté de personnes que l’on a accompagnée sur la durée revenir au BAL. Cette fidélité montre que l’expérience a été un marqueur pour beaucoup », se réjouit Christine Vidal. Une action que le dernier programme en date, « Que faire ? », va encore amplifier. « Dans le cadre de ce programme qui se déroule sur trois ans, nous donnons la parole aux jeunes : de votre point de vue, qu’est-ce qu’on devrait changer ? Quelles sont vos craintes ? Nous les accompagnons afin de faire émerger une parole qui elle-même soit porteuse d’actions possibles ». Vingt territoires dans les quartiers de la politique de la ville de trois bassins (Paris, Lille, et Lyon) sont concernés. Aux côtés d’un cinéaste, les jeunes s’attèlent à la réalisation d’un film. L’objectif est d’en tourner six à huit chaque année qui, tous, constitueront la collection – « C’est quoi la jeunesse d’aujourd’hui ? » – qui verra le jour à la fin du cycle. « Dans le film qui a été tourné à Roubaix, les jeunes s’interrogent sur l’angoisse de ne pas réussir leur vie. Lors de la projection à La Condition publique, lieu d’exposition et de débats roubaisien, une mère d’élève nous a dit qu’elle était bouleversée. Elle voyait tout à coup sa fille telle qu’elle ne l’avait jamais vue. Grâce à ce film, elle allait pouvoir faire un chemin avec elle, alors que jusque-là, elle avait des difficultés à lui parler. Pour nous, il n’y a pas plus belle récompense », conclut Christine Vidal.


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