Assises de Vaucluse : le patron de l’auto-école écope de 18 ans de réclusion

La ligne de défense adoptée par Christian Petitot, 70 ans, dit « Jeannot », accusé d’avoir tenté d’assassiner Nathalie, son ex-compagne, et de tuer un automobiliste qui s’était porté à son secours, le 21 décembre 2015, à Orange, a été mise à mal par les experts légistes et balisticiens. La thèse selon laquelle le coup de feu qui a blessé sa compagne, aurait été tiré accidentellement dans une lutte, s’est effondrée. « Je ne suis pas expert, je ne peux pas dire. J’ai pas bien compris la trajectoire de la balle« , a marmonné l’accusé, hier, au début du troisième jour de son procès, devant la Cour d’assises de Vaucluse, placée sous la présidence de Florence Tréguier.

La thèse soutenue par Nathalie, « qui a toujours été constante », est « la seule compatible », assène Me Dossetto pour la partie civile. Pour lui, « l’imagination de l’accusé est sans limite« . Parlant d’un « crime par amour-propre« , l’avocat évoque les souffrances de sa cliente depuis cette tentative d’assassinat. Une angoisse de mort partagée par l’homme, témoin de la scène. Il avait entendu les appels à l’aide et n’avait écouté que son courage pour se précipiter à son secours. Cet homme est effondré psychiquement car il a vu la mort lorsqu’il a été braqué par Christian Petitot : « Il ne supporte plus, lui qui était si fort de se sentir si faible« , plaide son avocat, Me Geiger.

« Un processus mortifère »

Dans un sévère réquisitoire, l’avocat général Gagnoud parle « d’un crime d’appropriation de l’autre fondé sur la haine« . Décrivant « un processus mortifère » qui a conduit au drame, l’avocat général égrène les éléments tissant la préméditation qui a guidé le patron de trois auto-écoles dont le bureau d’Orange où s’est joué le drame. Un homme déterminé qui, après avoir blessé son ex-compagne, a persisté. « Mais, elle a résisté avec la dernière des vaillances et un automobiliste a eu le courage et la ténacité d’intervenir« , poursuit l’avocat général qui réclame une peine qui ne soit « pas inférieure à 18 ans de réclusion criminelle ».

Une peine qui fait frémir Me Biscarrat qui porte la parole d’un homme abattu et résigné. Un homme en grande souffrance qui a vécu une lente et inexorable dégringolade jusqu’à cet acte insensé. Pour la défense, c’est une tentative de suicide qui a mal tourné. « Il y a incontestablement une dimension passionnelle dans ce passage à l’acte« , assure l’avocat qui dresse le portrait d’un homme brisé. À force de travail, il a eu une carrière remarquable au cours de laquelle il s’est fait un nom dans le monde de l’automobile avec ses trois auto-écoles de Sorgues, Bédarrides et Orange. Puis Me Fayolle, qui assure « la défense d’un homme malgré lui », lance à la Cour que « pour bien se défendre, il faut être bien accusé ».

La défense plaide pour un dossier qui touche au tréfonds de l’humain

L’avocat demande aux jurés de se garder des certitudes dans ce dossier complexe qui touche au tréfonds de l’humain. Me Fayolle assure que son client n’a pas prémédité son geste et a perdu pied en comprenant que tout était fini avec son ex-compagne. Au moment où il a sorti son arme qu’il avait préparée pour mettre un terme à ses jours, une lutte s’est engagée. Un coup de feu est parti et « il sera condamné pour cela mais que pour cela« , supplie l’avocat qui demande aux jurés de ne pas retenir la tentative de meurtre sur le témoin venu porter secours à Nathalie. « Cet homme est entré dans le bureau mais il est tout de suite ressorti quand il a vu l’arme. Christian Petitot n’a pas voulu la mort d’un homme qu’il n’a même pas vu ».

Après délibéré, la Cour et les jurés ont suivi pour partie la défense en acquittant Christian Petitot de la tentative du meurtre du témoin. En revanche, il sera déclaré coupable de violence volontaire avec arme sur cet homme mais aussi de tentative d’assassinat de son ex-compagne. À ce titre, il est condamné à la peine de 18 ans de réclusion criminelle.

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