2000 ans d’histoire

Bien avant d’être un site industriel de chamoiserie et de ganterie, Port Boinot a abrité un sanctuaire antique. Celui du Pain Perdu dans la boucle de Bessac était jusqu’à présent le seul connu à Niort.

En janvier dernier, en amont du chantier d’aménagement urbain, architectural et paysager qui démarre cet été, un diagnostic archéologique a été mené à Port Boinot à Niort. Contre toute attente, les sondages effectués par l’Inrap, Institut national de recherches archéologiques préventives, ont révélé une occupation antique du site, du dernier quart du Ier siècle avant notre ère jusqu’au milieu du IIe siècle de notre ère.

Des sculptures en calcaire datant de la fin du Ier siècle ont en effet été retrouvées à proximité du bief, ainsi que les vestiges d’un  édifice. « C’est une découverte exceptionnelle à l’échelle de la ville, puisque c’est la plus ancienne » a commenté le président de Niort Agglo, Jérôme Baloge, lors du point presse qui s’est tenu mardi 12 juin 2018. « Elle nous fait remonter dans les temps les plus reculés de notre histoire et inscrit Niort dans un double millénaire. »

Epona, déesse des équidés

La tranchée ouverte par la pelle mécanique a d’abord fait apparaître un fossé rempli de coquilles d’huîtres et de céramiques en quantité. Mais c’est dans la terre ramenée par le godet de la pelle que l’archéologue de l’Inrap a eu la surprise de découvrir une tête sculptée de divinité. Plusieurs autres fragments ont ensuite été dégagés, notamment la tête d’un cheval, ce qui a permis de reconstituer en partie la sculpture et de reconnaître l’image d’Epona, déesse des équidés et plus largement des voyageurs. Avec ses 70 cm de hauteur et ses 50 cm de largeur, cette statue d’Epona est « la plus importante trouvée à ce jour sur la cité des Pictons » précise Laurence Lamy, directrice des musées de Niort Agglo.

En poursuivant les opérations, deux autres sculptures ont été repérées à l’intérieur des vestiges d’un bâtiment, vraisemblablement un sanctuaire. La première représente une déesse à longue chevelure, assise dans un fauteuil. La deuxième, plus abimée, associe deux déesses assises l’une à côté de l’autre. « Ces divinités ont été intentionnellement décapitées lors de l’abandon du sanctuaire, vers le milieu du IIe siècle » explique Annie Bolle, l’archéologue de l’Inrap. « Pour leur enlever leurs pouvoirs et les désacraliser, on a cassé leurs attributs et déposé leur base le long d’un mur face à l’est. »

Au musée Bernard d’Agesci

Moins de six mois après leur découverte, les trois sculptures ont rejoint le musée Bernard d’Agesci, où elles seront exposées à l’occasion des Journées nationales de l’archéologie les 15, 16 et 17 juin 2018 et jusqu’au 2 septembre 2018 dans le cadre d’une exposition intitulée « Port-Boinot ».

Les quelque 110 kg de blocs de pierre prélevés lors du diagnostic n’ont peut-être pas encore livré tous leurs secrets. Ils ont été stockés dans des caisses et continuent d’être examinés et analysés. « Nous sommes face à un gigantesque puzzle » note Annie Bolle.

Les tranchées ont été refermées, le chantier de Port Boinot peut démarrer. Les aménagements programmés ne présentant aucun risque de destruction du sous-sol, le service régional de l’archéologie (qui dépend du Ministère de la Culture) a autorisé la Ville à entreprendre les travaux, sans prescrire de fouilles préventives.

Source : Vivre à Niort

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